8. août, 2022

Comment la SNCF s'adapte-t-elle aux vagues de chaleur et à la canicule ?

Alors qu'une quatrième vague de chaleur devrait frapper la France dans les jours à venir, la SNCF tente d'éviter qu'elle ne perturbe le réseau. Une réflexion est en cours pour adapter le ferroviaire au réchauffement climatique

Avec les vagues de chaleur qui s'enchaînent, il n'est pas rare que la SNCF envoie quelques textos à ses usagers. "Alerte canicule, perturbation possible. Prenez de l'eau en cas de besoin", peut-on y lire. De quoi décontenancer certains vacanciers, alors que le lien entre le mercure et la circulation ferroviaire n'est pas évident. Incendies, dilatation du matériel... Le réseau ferré subit pourtant, lui aussi, les températures extrêmes. Que fait l'exploitant pour éviter retards et annulations, alors qu'une quatrième canicule semble se profiler pour la mi-août ? L'Express fait le point. 

Des messages de prévention

Lorsque les températures dépassent les 35°C, Météo France prévient la SNCF par le biais d'une alerte. Celle-ci est relayée par l'exploitant afin que les voyageurs prennent leurs dispositions. On l'oublie, mais un train n'est pas alimenté en eau. La SNCF recommande donc de se munir d'eau pour s'hydrater. L'entreprise a tout de même prévu un stock de "500 000 bouteilles d'eau" de 50 centilitres pour 2022, et s'attend à en distribuer davantage. "Un million de bouteilles ont été distribuées durant l'été 2021", indique-t-elle sur son site internet. Par ailleurs, si certaines rames sont climatisées, il risque de faire chaud dans les Transiliens. Ces derniers ne sont que 65 % à en être équipés. 

  • La traque des incendies

En parallèle, la SNCF agit sur ses infrastructures. "Des agents, mobilisés jour et nuit, surveillent les voies afin d'identifier les zones géographiques où la température risque d'affecter le réseau, même partiellement", indique l'entreprise, dans une note d'information destinée aux voyageurs. Ce personnel traque plusieurs phénomènes climatiques, à pied et par l'intermédiaire de caméras de surveillance. 

Les feux de talus, d'abord. Une fois repérés, ils sont signalés et entraînent l'intervention des autorités compétentes. Un travail essentiel pour éviter les accidents. Mardi dernier, le trafic des TGV et des TER a été interrompu dans les Landes, entre Hendaye et Bordeaux. Le feu, qui a détruit 32 hectares de pins, a été fixé dans la nuit, ont indiqué, mercredi, la préfecture et les pompiers des Landes. 

Gare aux rails qui gonflent

La chaleur pose aussi des problèmes structurels. "Les rails sont constitués d'acier à 95%. Ils se dilatent et s'allongent. Si cette déformation est trop importante, les trains doivent limiter leur vitesse", explique la SNCF. Ici, la machine assiste l'homme. La SNCF est équipée d'un système de prédiction appelé "Metigate". Il permet de savoir à l'avance quelles zones du réseau sont les plus à risque. Car ce phénomène ne dépend pas que des températures de l'air, mais aussi de "nébulosité, d'ensoleillement, d'humidité...", précise l'exploitant. En fonction, l'opérateur peut être contraint d'imposer des vitesses réduites sur certaines portions. 

Le risque de fonte

Les rails ne sont pas les seuls appareils à craindre la chaleur. Les composants électroniques, présents notamment dans les feux de signalisation, fondent au-dessus de 65°C. "Des climatiseurs sont installés dans les locaux techniques les plus sensibles", explique la SNCF. Enfin, les câbles d'alimentations électriques des trains, appelés caténaires, se détendent et s'allongent avec la hausse des températures. Là encore, cela nécessite une intervention de la SNCF : "pour fonctionner correctement, les câbles d'alimentation électrique doivent être impérativement rectilignes. Des systèmes de poulie et contrepoids permettent de les maintenir toujours tendus." 

L'enjeu reste de prévenir ces incidents, afin que le réseau s'adapte au changement climatique. Avant chaque été, la SNCF lance une grande inspection. Elle en profite pour débroussailler les abords des voies pour limiter l'incendie. Cela ne suffit pas. "Les changements climatiques sont en marche et leurs premiers effets sont déjà constatés sur le réseau ferré français", reconnaît l'entreprise dans un document présentant ses engagements climatiques. Outre la chaleur, le réseau doit aussi se préparer à subir de plus en plus d'intempéries et autres catastrophes naturelles, tout en voyant sa fréquentation augmenter, car le gouvernement pousse pour l'utilisation de ce mode de transport. 

S'adapter à long terme

La SNCF a d'ores et déjà lancé une série d'études pour en mesurer les conséquences. "Une nouvelle dynamique pour l'adaptation au changement climatique est en cours de réflexion au sein de SNCF. L'objectif est de définir les grandes lignes d'une feuille de route en matière d'adaptation, ainsi que la gouvernance et le management de ce sujet". De quoi peut-être réorienter une partie des 100 milliards d'euros que le gouvernement a promis au groupe pour rénover le réseau.